Fauteuil chêne corde danoise

Il y a des objets qu’on fabrique pour répondre à une commande. Et il y en a d’autres qu’on fabrique parce qu’ils s’imposent,  parce qu’une idée mûrit lentement dans l’atelier, jusqu’au moment où elle devient inévitable. Stille est de ceux-là : Silence, en danois. C’est le mot qui s’est imposé naturellement pour nommer ce fauteuil chêne massif et corde danoise naturelle. Pas un silence vide, un silence habité ou partagé, celui qu’on cherche quand on s’assoit vraiment, qu’on pose un livre, qu’on laisse passer le temps seul ou à deux.

Naissance d’un fauteuil : l’idée Stille

Après Trame, mon espace de travail en chêne brûlé et corde danoise,  il manquait une pièce à l’univers Boisdelene. Un espace de repos, d’échange en tête à tête ou en confidence. 

Le fauteuil bas scandinave des années 1950-1960 est une forme que j’admire depuis longtemps. Ces créations de Hans Wegner, Børge Mogensen ou Grete Jalk ont quelque chose de fondamentalement juste : elles sont basses, larges, accueillantes. 

J’ai voulu créer ma propre interprétation de cette forme avec les matériaux et la philosophie qui sont les miens : chêne massif, corde danoise naturelle, geste lent et une technique que je voulais explorer : le tressage double face sur l’assise et sur le dossier.

Le chêne massif : matière vivante

J’ai utilisé su chêne pour la structure. C’est une essence que je connais bien. Pour Stille, j’ai choisi un chêne huilé à l’huile naturelle, sans vernis ni traitement chimique. La surface reste vivante, légèrement mate, avec cette chaleur dorée propre au chêne frais travaillé. Avec le temps, il se patinera, s’assombrira légèrement, gagnera en caractère, exactement ce que recherche la philosophie wabi-sabi japonaise.

Les assemblages sont réalisés en tenon-mortaise traditionnels, sans vis ni quincaillerie. La structure tient par la précision de l’assemblage et la qualité du bois. 

La corde danoise : le geste qui prend du temps

La corde danoise que j’utilise est certifiée FSC Mix, C’est une corde en papier kraft torsadé, naturel, beige clair, avec cette texture légèrement rugueuse qui le rend immédiatement reconnaissable au toucher. C’est la même corde que celle utilisée par les grands designers scandinaves dans les années 1950 sur leurs chaises et fauteuils. La même tension, la même chaleur, la même durabilité.

Le tressage double face : une technique rare

Ce qui distingue Stille de la plupart des fauteuils en corde danoise, c’est une décision technique que j’ai prise dès la conception : tisser en double face, aussi bien l’assise que le dossier. Sur une assise classique en corde danoise, seule la face visible est tressée,  le dessous montre les fils de retour. Sur Stille, les deux faces sont tressées avec le même soin, la même régularité, la même tension.

Pourquoi ce choix ?

D’abord, une question d’honnêteté matérielle. Un objet bien fait doit l’être partout, même là où on ne regarde pas. C’est une exigence de la philosophie geste lent qui guide Boisdelene depuis le début. Ensuite, une question de durabilité. Le double face renforce la structure du tressage et prolonge la durée de vie de l’assise. Enfin, une question esthétique. Quand on regarde Stille d’en haut ou qu’on le retourne  on voit un travail complet, sans zone négligée. C’est un détail que les amateurs de beau travail artisanal apprécient immédiatement.

Le tressage double face d’un dossier est déjà rare. Le faire sur l’assise et le dossier d’un même fauteuil est plus rare encore. C’est l’une des signatures techniques de la collection Stille. Chaque fauteuil Stille demande plusieurs jours de travail. Le tressage seul représente une quinzaine d’heures par pièce. C’est un geste répétitif, précis, qui demande une concentration et une régularité constantes.

Plusieurs finitions sont envisageables, en particulier en utilisant la technique du shou sugi ban pour brûler la structure en bois massif ou en utiliant de la corde noire ou blanche.

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